J'avais attrapé une maladie qui ne m'avait encore jamais atteinte et dont j'étais devenus l'hôte pour la première fois : la haine...
Comment pouvait t-on me faire autant souffrir et le faire exprès, faire tout pour me briser le c½ur, à moi, le jeune homme de la campagne qui n'était pas un « sâlot » ou un « pourris » ?! Me disais je à cette âge ou l'on découvre l'adolescence...
J'étais amoureux et l'on prenait plaisir à jouer avec mes sentiments, tout en se moquant de moi dans mon dos. Cette haine avait même réussis à me pousser à la tentative de suicide. Oui... au suicide. Erreur qui a failli me coûter la vie. Mais quelqu'un veillait sûrement sur moi... Ne supportant plus l'idée de rejet et l'idée qu'on puisse s'être joué de moi durant si longtemps, je prépara une « potion magique », comme je l'appelais à l'époque. Une bouteille en plastique remplie de six puissants alcools plus de la menthe, ce qui donnait une apparence verte à la texture.
Mes parents étant en réunion, j'en bus une à moi tout seul en quinze minutes, et un quart d'une autre. Je passa par le velux d'une des chambres d'apprentis et grimpa danser sur un des toits de la maison, le plus ancien entre autre, non refait à l'époque, à plus de 25 mètres de haut. En dessous se trouvait le grenier, une immense salle sans étage de ce côté de la maison. Je remi mon destin entre les mains du destin puisque je ne trouvais pas la force de sauter et de mettre fin à ma souffrance et à mes pleurs... Je dansai et dansai, complètement ivre mort, sur les tuiles chalandes vielles de plus de 50 ans, le Walkman dans la poche du blouson, les écouteurs crachant de la musique Hard Core à plaine puissance, les yeux à moitiés fermés. Les apprentis me criaient de revenir par le Velux, d'autre regardaient les tuiles s'écraser sur le sol du grenier. C'est à ce moment que je passa à travers le toit...
Durant la seconde qui suit vous repensez à tout ce que vous auriez voulus faire, comment ça se serait passé si vous étiez resté en bas, et comment la mort viendra à vous... brutalement, ou en douceur...
Mais par une chance miraculeuse, une des fines poutres en bois passa entre les jambes et me reteint au niveau d'une d'elle, me faisant basculer sur les autres tuiles, non tombées, qui me retenaient... Je ne me suis jamais souvenu de la suite, sauf la vue de ma mère les larmes aux yeux et en colère... Cet acte de ma vie ne changea en rien la haine que j'éprouvais pour Laëtitia, au contraire, elle l'amplifia.
Par contre, je vis les choses autrement à partir de ce jour...